Cette année, du 31 décembre à 12h au 1er janvier à 9h, la circulation des trottinettes électriques a été interdite à Bruxelles afin d’éviter une surcharge des services d’urgence déjà fortement sollicités durant les fêtes. Avec plus de 1000 cas d’accidents recensés en 2025, cette mesure exceptionnelle, en vigueur sur l’ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale, vise à réduire les risques d’accidents, à garantir l’accès des secours et à préserver les capacités hospitalières. Si une interdiction de ce type est jugée nécessaire pour une seule nuit, cela constitue déjà, à mon avis, un signal fort. Elle doit nous inciter à approfondir la réflexion sur l’encadrement de l’usage des trottinettes afin d’en garantir la sécurité maximale. Dès le départ, il apparaît clairement que l’absence d’obligation du port du casque accentue le danger lié à leur utilisation. Une question se pose donc : pourquoi tolérons-nous, le reste de l’année, des traumatismes graves touchant trop souvent de jeunes utilisateurs circulant sans casque ? La sécurité doit rester une priorité, que ce soit pour le Nouvel An ou tout au long de l’année, afin que chacun puisse se déplacer et célébrer dans un cadre responsable.
Depuis plusieurs mois, les services d’urgence des hôpitaux belges dressent un constat de plus en plus alarmant. Les accidents impliquant des vélos et des trottinettes électriques ne se limitent plus à des chutes sans gravité. Ils entraînent des blessures extrêmement sévères, en particulier à la tête, et touchent de manière disproportionnée les jeunes. Des études menées dans des hôpitaux bruxellois, notamment au CHU Saint-Pierre, et relayées par la presse belge (Le Soir, La Libre Belgique, RTL Info, The Bulletin), montrent qu’une proportion très importante des victimes d’accidents de trottinette et de vélo souffrent de traumatismes crâniens, de fractures du crâne, de lésions cérébrales ou d’hémorragies intracrâniennes. Les médecins urgentistes décrivent des patients arrivant inconscients, certains devant être parfois intubés, parfois plongés dans le coma, avec des conséquences qui dépassent largement le cadre de l’accident lui-même.
1000 accidents en 2025, un chiffre largement sous-estimé
D’autres sources officielles confirment ces observations. Ainsi, de récentes données livrées par l’Institut belge pour la sécurité routière VIAS indiquent que le nombre d’accidents corporels impliquant des trottinettes électriques a fortement augmenté ces dernières années, avec plusieurs accidents avec blessés recensés chaque jour en Belgique. VIAS souligne par ailleurs que ces chiffres sont largement sous-estimés, de nombreux blessés étant transportés directement vers les hôpitaux sans intervention de la police, et donc sans figurer dans les statistiques officielles.
Cette situation est extrêmement préoccupante et, en tant qu’échevin de la Jeunesse et des Sports, je considère qu’il est de mon devoir d’alerter et d’appeler à une réponse politique forte.
Les blessures causées ont un impact direct sur la vie des jeunes concernés : troubles cognitifs, pertes de mémoire, difficultés de concentration, paralysies partielles, longues périodes de rééducation, interruptions scolaires et professionnelles, carrières sportives brutalement interrompues. Dans certains cas, les séquelles sont irréversibles. Un constat revient de manière récurrente dans les études hospitalières et les témoignages médicaux : la très grande majorité des victimes ne portait pas de casque au moment de l’accident.
Le casque : une première solution évidente
Les professionnels de la santé sont unanimes. Certes, le casque ne supprime pas le risque d’accident mais il réduit fortement la gravité des blessures à la tête. Cette position est également soutenue par l’Institut VIAS, qui recommande explicitement le port du casque pour les utilisateurs de trottinettes électriques et de vélos, en raison de la fréquence élevée des traumatismes crâniens observés chez les blessés graves.
Dans le monde du sport, cette logique de prévention est une évidence. Aucun club, aucun entraîneur, aucune fédération n’accepterait qu’un jeune pratique une discipline sans équipement de protection adapté. Le port du casque est obligatoire en compétition cycliste et les protections sont imposées dans de nombreux sports à risque. Il est donc incohérent d’accepter que, dans l’espace public, nos jeunes circulent à vélo ou en trottinette électrique, parfois à des vitesses élevées et au milieu du trafic, sans que leur tête soit protégée.
Aujourd’hui, en Belgique, le port du casque pour les vélos et les trottinettes électriques est recommandé mais reste non obligatoire, comme l’indiquent les règles actuelles du Code de la route et les informations diffusées par la police fédérale et le SPF Mobilité. Cette situation est de plus en plus difficile à justifier au regard des données médicales et des constats de terrain.
Le gouvernement fédéral prévoit d'agir, mais quand ?
Consciente de cette réalité, la majorité fédérale actuelle évoque désormais la possibilité de rendre le casque obligatoire pour les trottinettes électriques. D’autres mesures sont également discutées au niveau fédéral et relayées dans la presse nationale, telles que la réduction de la vitesse maximale autorisée afin de limiter la violence des chocs, l’introduction de dispositifs d’identification pour responsabiliser les usagers, ou encore un renforcement des règles et des contrôles. Ces débats montrent qu’une prise de conscience est en cours face à une situation devenue critique.
La question n’est donc plus de savoir s’il faut intervenir, mais à quelle vitesse allons-nous le faire ? Chaque mois d’inaction se traduit par de nouveaux blessés graves voire des décès, de nouvelles familles bouleversées et de nouveaux parcours de vie brisés. Rendre le port du casque obligatoire pour les vélos et les trottinettes, en particulier électriques, doit être envisagé comme une mesure de santé publique, au même titre que la ceinture de sécurité en voiture ou le casque à moto.
Cette obligation doit s’accompagner d’un effort intensif de prévention et d’éducation, en lien avec les écoles, les clubs sportifs, les maisons de jeunes et les autorités communales. Elle doit envoyer un message clair et cohérent : la mobilité douce est une chance pour notre société, mais elle ne peut se développer au prix de traumatismes graves et de vies durablement marquées.
Protéger la jeunesse, ce n’est pas restreindre sa liberté. C’est lui permettre de se déplacer, de pratiquer le sport et de grandir en sécurité. Les hôpitaux alertent, les chiffres sont connus, les experts en sécurité routière le confirment. Il appartient désormais au monde politique d’agir, et d’agir vite.